Voici le vidéo et le texte de l’intervention que j’ai prononcé en Chambre ce matin, en réplique au discours inaugural du Premier ministre :
Merci, Mme la Présidente. Alors, voilà maintenant la deuxième fois que je prends la parole au nom des citoyens de Lac-Saint-Jean à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire. C’est ma deuxième élection, et donc mon deuxième discours d’ouverture avec toujours ce même droit, celui de m’exprimer librement au nom des gens de chez nous, des citoyens de Lac-Saint-Jean, des gens fiers, chaleureux et travailleurs. Ce sont des travailleurs remarquables qui se distinguent principalement dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie et des services.
Mme la Présidente, je souhaite prendre cette opportunité pour remercier particulièrement les 26 463 électeurs qui se sont déplacés pour exercer leur droit de vote et bien sûr les 14 536 personnes qui m’ont accordé leur confiance afin de me permettre d’exercer cette responsabilité que j’assume avec beaucoup de bonheur.
À chaque fois que je me lève dans cette Chambre et que je vois mon nom inscrit sur ce pupitre avec à côté «député de Lac-Saint-Jean», ça me rappelle que j’ai une immense responsabilité et que mes décisions devraient toujours se prendre dans l’intérêt de la population. Je constate aussi, Mme la Présidente, que mon nom s’enlève relativement facilement du bureau, et que c’est à moi de mériter la confiance de mes électeurs tout au long du mandat qui m’est confié. Alors, je m’engage donc envers eux à agir avec coeur, honnêteté, sincérité et beaucoup de ténacité.
Je veux aussi profiter de cette tribune pour souligner l’excellent travail des nombreux bénévoles qui m’ont accompagné. Au fil du temps, le comté de Lac-Saint-Jean a réussi à mettre sur pied une équipe de haut niveau habituée à travailler ensemble. À chaque élection, on avoisine le nombre de 500 bénévoles. Je veux particulièrement remercier ma doc de campagne qui nous permet, élection après élection, de dépasser nos objectifs, Mme Cynthia Tardif, mon responsable des communications et son équipe, M. Pierre Bouchard, mon agent officiel Michel Hudon et Mmes Rose-Aimée Goulet et Johanne Savard, respectivement responsables de l’organisation. Je veux aussi souligner le travail de Mme Marina Savard, responsable de l’agenda, M. Patrice Villeneuve au soutien, Lise Duchesne pour sa joie de vivre et sa bonne humeur dans notre local électoral, sans oublier Diane St-Amour, notre réceptionniste, et Solange Guay pour son fantastique sucre à la crème, Mme la Présidente.
Je veux aussi mettre en évidence l’excellent travail de l’équipe responsable de l’installation des pancartes du jour J, l’Exécutif du Parti québécois dans notre comté de même que tous les autres bénévoles qui ont fait de la dernière élection dans mon comté une grande victoire.
Je veux enfin féliciter les autres candidats qui se sont présentés à l’élection dans le comté de Lac-Saint-Jean, particulièrement le candidat de Québec solidaire, le jeune candidat de Québec solidaire qui a eu le courage de se présenter à chacun des débats; le candidat de l’Action démocratique, M. Sylvain Carbonneau qui s’est distingué particulièrement par son éloquence et enfin le candidat libéral, M. Pierre Simard, pour ses efforts.
Mme la Présidente, les Québécois s’attendent de nous en cette période de crise économique trouble qu’on leur propose des projets de développement novateurs mais surtout créateurs de richesse. Nous devons agir à titre d’artisans de la culture du succès, culture du développement, Mme la Présidente.
Les Québécois sont inquiets en ce moment, mais je veux aussi vous dire que les Jeannois le sont particulièrement, eux qui vivent de plein fouet la crise forestière. On dit, Mme la Présidente, parfois que les députés sont déconnectés de la réalité, qu’ils sont loin, qu’ils n’arrivent pas à comprendre les problèmes du peuple, les problèmes que vivent les gens dans leur quotidien. Mais je peux vous dire, Mme la Présidente, qu’il faut être drôlement aveugle en ce moment pour se promener dans mon comté et faire abstraction de la souffrance humaine qui nous entoure. Ça ne fait pas longtemps que je suis député de Lac-Saint-Jean, mais ça fait assez longtemps pour avoir vu de nombreuses fermetures d’entreprises, d’usines.
Malheureusement, la crise forestière nous affecte directement. Et cette crise a atteint une amplitude que les politiciens ne peuvent pas lever le nez… La souffrance humaine, on l’a vécue durant tout le long de la campagne électorale. Je peux vous dire que, quand on rencontre des camionneurs, au moment où on se parle, qui transportent le bois, bien en campagne électorale ils n’ont pas envie de te dire que tu es beau puis que tu es fin; ce qu’ils veulent savoir, c’est comment ils vont faire pour s’en sortir. Malheureusement, il y a déjà trop d’entreprises qui ont fermé sur mon territoire, trop d’entreprises importantes. Et, au moment où on se parle, il y a AbitibiBowater, il y a 400 ouvriers qui sont sans emploi chez nous. J’ai parlé tout à l’heure avec le président du syndicat. Il me disait que probablement que l’usine allait réouvrir lundi prochain. Mais des entreprises dont la fermeture est permanente, malheureusement, elles sont beaucoup trop nombreuses.
Mme la Présidente, je pense que, comme parlementaire, c’est important d’offrir des solutions à cette crise. Et c’est dans cet esprit constructif que je vais poursuivre cet exposé. D’abord, sur l’industrie forestière. Je pense qu’on n’en est plus aux grands sommets, aux grands forums, aux grandes discussions, on est en mode solution. Et, des solutions, il y en a déjà sur la table. Puis je pense que le gouvernement en face aurait tout avantage à mettre sur pied des solutions bien concrètes, des solutions qui ont été proposées à nombreuses reprises.
D’abord, les garanties de prêt, Mme la Présidente. Le Programme de soutien à l’industrie forestière va venir à échéance le 31 mars prochain. Alors, le message que je lance à ce gouvernement: Il faut renouveler les programmes de garantie de prêt pour les entreprises, non seulement pour la grande entreprise… l’industrie forestière, mais aussi pour les travailleurs qui sont directement dans la forêt, qui travaillent sur le terrain. Alors, il faut élargir les programmes de garantie de prêt pour que tout le monde puisse se qualifier, dont les camionneurs, dont les transporteurs de bois qui étaient à l’époque exclus du PSIF, là, le Programme de soutien à l’industrie forestière.
L’autre programme qui a été mis sur pied par le gouvernement: le programme Renfort. Messieurs, mesdames du gouvernement en face, le programme Renfort exclut noir sur blanc l’industrie forestière. Et là on va faire face à un trou, là. Le Programme de soutien à l’industrie forestière vient à échéance le 31 mars et le nouveau programme, qui est le programme Renfort, exclut l’industrie forestière. Ça prend donc un nouveau programme pour s’adresser directement aux gens qui travaillent dans la foresterie.
Enfin, il y a des négociations qui sont en cours avec AbitibiBowater pour des garanties de prêt. J’ose espérer que notre gouvernement mettra tout en oeuvre pour assurer la survie de cette grande entreprise sur notre territoire.
La charte du bois – ça fait des années qu’on en parle – une vraie charte du bois qui va inciter les architectes, les ingénieurs à inclure le bois dans les infrastructures gouvernementales, les infrastructures publiques pour qu’on apprenne à utiliser le bois sur notre territoire. Ce n’est pas compliqué, si on fait une charte du bois, on impose une partie du bois dans les composantes des structures, nécessairement on va augmenter la demande; si on augmente la demande, bien on va aussi faciliter l’écoulement des stocks de nos entreprises.
En ce qui a trait aux travaux sylvicoles, les landes forestières – ça fait des années aussi qu’on en parle – c’est environ 30 millions par année pour relancer un 180 000 ha de landes forestières sur notre territoire. C’est 30 millions de dollars. C’est une façon de faire travailler des gens. C’est une façon d’encourager les travaux sylvicoles. Et, pour nous, ça devrait être une priorité.
J’enchaîne, Mme la Présidente, et pour relancer la députée de Soulanges qui nous a parlé tout à l’heure des dossiers qui concernent le développement – pardon – de nos ressources naturelles, je veux parler de la biomasse. Mme la Présidente, il y a des choses qui sont exceptionnelles qui se font actuellement sur notre territoire. Par exemple, AbitibiBowater a un projet tous les tas d’écorce qui sont enfouis un peu partout à travers le Saguenay–Lac-Saint-Jean pour récupérer ces tas d’écorce et pour en faire de l’énergie, Mme la Présidente, de même qu’une entreprise sur notre territoire, qui récupère les gaz qui sont émis par les résidus forestiers. C’est du méthane qui est produit, et avec ce méthane-là, ça va permettre de faire le séchage du bois. Bref, la biomasse offre un potentiel qui est immense.
Mme la Présidente, on parle de biomasse, on parle d’énergie.
Maintenant, je veux parler d’hydrocarbures. Le Québec s’est enrichi, depuis les années 1960, grâce à ses ressources naturelles. Mme la Présidente, je veux vous parler principalement de Old-Harry.
Old-Harry se situe un peu au large de Gaspé, à environ 300 km au large de Gaspé. Qu’est-ce que c’est, Old-Harry? C’est la plus grande réserve d’hydrocarbures au Québec. Le premier ministre du Québec a écrit une lettre, à l’automne dernier, pour qu’on en vienne à bout, du litige entre Québec et Ottawa, sur la question de la propriété de cette ressource naturelle. Pour les gens qui nous écoutent, Old-Harry offre le plus grand potentiel énergétique en hydrocarbures non forés pour l’ensemble du Canada. Qu’est-ce que ça veut dire, Old-Harry, en termes d’argent? Qu’est-ce que ça pourrait représenter pour le gouvernement du Québec? Ça pourrait représenter 10 milliards, Mme la Présidence, en termes de redevances pour le gouvernement du Québec, sans compter les taxes et les impôts sur les entreprises qui seraient responsables du forage et de l’exploration.
Mme la Présidente, comment se fait-il, si nous avons tout ce potentiel sur notre territoire, qui représente 4 000 à 5 000 milliards de pi³, si c’est du gaz naturel – parce qu’on ne sait pas encore si c’est du gaz naturel ou du pétrole – ou deux à trois milliards de barils, si c’est du pétrole, Mme la Présidente. Ça représente 20 milliards par année. Pour vous donner une idée, là, c’est deux fois plus important que le champ Hibernia au large de Terre-Neuve et trois fois plus grand que le champ gazier de l’Île-de-Sable, au large de la Nouvelle-Écosse. La beauté, là-dedans, Mme la Présidente, c’est qu’Hydro-Québec possède 25 % des droits dans l’entreprise Corridor Resources qui elle, a les droits sur ce gisement, qui est le gisement de Old-Harry. Comment se fait-il, si on a autant de pétrole ou de gaz naturel sur notre territoire, qu’on n’est pas allés plus loin?
Bien, on n’est pas allés plus loin, Mme la Présidente, parce qu’il y a un litige entre Québec et Ottawa, un litige qui dure maintenant depuis 1998. Depuis 1998 qu’on essaie de s’entendre avec Ottawa sur la question de savoir à qui appartient cette réserve d’hydrocarbures, cette réserve de pétrole ou cette réserve de gaz naturel. On n’arrive pas à s’entendre. Comment se fait-il qu’on n’arrive pas à s’entendre, ça, c’est la grande question, Mme la Présidente, parce que Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse, elles, au début des années 1980, se sont entendues avec le fédéral pour dire: Bon, bien tout ce qui est dans le golfe du fleuve du Saint-Laurent, on ne statuera pas à savoir à qui ça appartient, au fédéral ou aux provinces. On va signer une entente pour dire: On réglera notre conflit de juridiction plus tard, mais pour ce qui est de l’exploitation précise dans les endroits situés dans le golfe du fleuve, bien, on va signer une entente puis ça va régler le litige pour permettre l’exploitation de ces endroits-là bien précis. Alors, on négocie, nous, avec le fédéral depuis 1998. Je veux vous lire et vous rappeler une déclaration qui a été… Une motion unanime, pardon, adoptée ici à l’Assemblée nationale, que l’Assemblée nationale… Une motion de 2002, là, ce n’est pas d’hier qu’on essaie de régler ce litige-là, motion de 2002:
«Que l’Assemblée nationale demande au gouvernement fédéral et au gouvernement du Québec de signer une entente de principe d’ici la fin de décembre 2002 et puis signer par la suite d’ici le 31 mars 2003 une entente finale pour la mise en valeur du potentiel pétrolier et gazier situé dans la partie québécoise du golfe du Saint-Laurent.»
Le gouvernement en face peut dire: Mon Dieu! le député de Lac-Saint-Jean est illuminé, il nous parle d’un sujet qu’on ne connaît pas. Or, le 4 mai 2006, le 4 mai 2006, dans la stratégie du gouvernement, la stratégie énergétique du Québec 2006, on peut lire que le gouvernement du Québec, dès 2006, «s’engage à nommer un mandataire chargé de négocier avec le gouvernement fédéral les conditions d’une entente administrative analogue à celle déjà appliquée avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse». Malheureusement, Mme la Présidente, le mandataire que le gouvernement avait nommé, ses fonctions sont terminées et on n’a pas réussi à régler ce litige avec Ottawa.
Alors, on a posé des questions en cette Chambre, qu’est-ce qui se passe avec le gouvernement fédéral, comment se fait-il qu’on n’en arrive pas à négocier… à s’entendre, pardon, et on la réponse du ministre responsable des Ressources naturelles, la réponse du 1er mai 2008, il nous dit: Inquiétez-vous pas, il va y avoir dans les prochains jours une rencontre entre les sous-ministres. Malheureusement, Mme la Présidente, force est de constater en mars 2009 que c’est un dossier qui n’est toujours pas réglé.
Il faut bien comprendre, Mme la Présidente, je ne dis pas que le Québec ne doit pas tourner le dos à l’énergie fossile. Évidemment, nous aussi, on doit pouvoir profiter de la géothermie, de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne. Toutefois, sur notre territoire semble-t-il que nous avons un immense potentiel en hydrocarbures et cet immense potentiel dort parce qu’on n’arrive pas à s’entendre avec le gouvernement fédéral. Mme la Présidente, je pense que ce n’est pas normal.
J’aurai la chance de m’entretenir avec le ministre des Affaires intergouvernementales, vendredi, lors de l’interpellation, et donc de faire le tour de l’ensemble des litiges avec le gouvernement canadien. On a déjà… j’ai déjà mentionné ce litige qui est celui de Old Harry, j’aurai la chance d’y revenir.
Mme la Présidente, pour terminer, j’aimerais déposer une motion de censure à l’endroit du gouvernement, que je permets de vous lire, qui reprend une partie des litiges avec le gouvernement fédéral.
Alors, la motion de censure se lit comme suit:
«Que l’Assemblée nationale blâme sévèrement le gouvernement libéral pour son incapacité à obtenir des résultats dans les multiples litiges qui l’opposent au gouvernement fédéral, tels que le financement pour l’éducation postsecondaire, la conclusion d’ententes dans le cadre du Fonds Chantiers Canada, le conflit de juridiction pour l’exploration pétrolière et gazière dans le golfe du Saint-Laurent, le financement des mesures pour les gens qui ne sont pas éligibles à l’assurance-emploi, et la compensation financière pour la crise du verglas.»
Je vous fais abstraction des montants pour l’instant, mais on aura la chance d’en débattre un peu plus tard. Alors, je dépose le document, Mme la Présidente.
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